Les diastèmes chez le cheval: une source cachée de douleur chronique
Lorsqu’un cheval forme des boulettes de foin, perd de l’état ou présente une mauvaise odeur buccale, on ne pense pas toujours immédiatement à un problème dentaire. Pourtant, l’origine de ces symptômes se situe souvent au niveau des molaires. Parmi les affections que nous rencontrons le plus fréquemment dans notre pratique, le diastème occupe une place importante. Il s’agit également de l’une des causes les plus fréquentes de douleur chronique dans la bouche du cheval.
Un diastème correspond à un espace anormal entre deux dents. Chez un cheval en bonne santé, les molaires sont étroitement accolées les unes aux autres afin de former une surface de mastication continue. Lorsqu’un espace se crée entre deux dents, les fibres alimentaires sont progressivement comprimées dans cette ouverture lors de la mastication. Ces débris restent coincés, fermentent et provoquent une inflammation de la gencive. Avec le temps, cette inflammation peut s’étendre aux tissus de soutien de la dent, entraînant une maladie parodontale parfois sévère.
Les diastèmes peuvent apparaître pour différentes raisons. Dans certains cas, ils sont liés à l’âge et aux modifications progressives de la dentition. Dans d’autres, ils résultent d’une usure anormale des dents, d’un mauvais alignement des molaires ou encore de troubles survenus lors du remplacement des dents de lait. Quelle qu’en soit la cause, les conséquences sont souvent similaires. De nombreux chevaux commencent à manger plus lentement, mastiquent principalement d’un seul côté ou forment des boulettes de fibres alimentaires qu’ils recrachent ensuite. Certains perdent de l’état malgré une ration adaptée, tandis que d’autres présentent des signes plus subtils tels qu’une baisse de performance ou une gêne lors du travail monté.
La douleur associée aux diastèmes s’installe généralement de manière progressive. Comme les chevaux masquent souvent leur inconfort, l’affection peut évoluer pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’être diagnostiquée. Un examen buccal approfondi sous sédation est donc indispensable. Grâce à l’oroscopie, il est possible d’inspecter avec précision les espaces entre les dents, d’identifier les zones de rétention alimentaire et d’évaluer l’état des tissus environnants. Dans certains cas, des radiographies dentaires sont également nécessaires afin de vérifier l’état des racines dentaires et de l’os alvéolaire.
Le traitement dépend de la cause sous-jacente et de la gravité des lésions. Dans un premier temps, les aliments accumulés entre les dents sont retirés et les éventuels déséquilibres dentaires sont corrigés. Lorsque cela est indiqué, il est parfois possible d’élargir légèrement le diastème afin de limiter l’accumulation future de nourriture. Dans les cas les plus avancés, lorsque la dent ou les structures de soutien sont trop endommagées, une extraction peut devenir nécessaire. Plus le diagnostic est posé précocement, plus les chances de préserver les dents concernées et d’éviter des complications importantes sont élevées.
Les diastèmes représentent aujourd’hui l’une des affections dentaires les plus fréquentes chez le cheval adulte. Bien que souvent méconnus des propriétaires, ils peuvent avoir un impact considérable sur le confort et la qualité de vie de l’animal. Un contrôle dentaire régulier permet de les détecter à un stade précoce et d’instaurer un traitement adapté avant l’apparition de lésions irréversibles.